Olivier Mariotti


Je suis né sur cette photo. Je dois avoir six ou sept ans, j’ai dans la main gauche une palette de couleurs, dans la droite un pinceau comme un cierge. Derrière, et beaucoup plus grand que moi, un chevalet sur lequel est posé le détourage du “Joueur de fifre“ d’Edouard Manet.
En devenant professeur d’arts plastiques, j’ai l’impression d’avoir été fidèle à l’idée que mes parents se faisaient de moi. J’ai aussi le sentiment d’avoir été fidèle à mes passions, même si j’ai souvent délaissé les Beaux-Arts pour l’ivresse du football. Haaa, le foot !! Il a tué dans l’œuf mes plus beaux projets. Le temps n’est pas extensible et je l’ai souvent perdu sur les terrains à me délecter de gestes techniques ou de tacles appuyés. Mes sensibilités disparates laissent perplexes de nombreuses personnes, sauf deux.
Tout d’abord ma femme qui trouve délicieux qu’un prof agrégé inscrit en thèse s’intéresse au foot, et puis mon frère, Guillaume, mais pour d’autres raisons.
De sept ans mon cadet, nous partagions enfants la même chambre. Mais nous nous sommes réellement rencontrés lorsque notre écart d’âge fut absorbé par des centres d’intérêts communs, comme les séries B ou Z, et toutes les cultures marginales. Depuis, tout ce qui est mauvais nous épate, le pitoyable nous enchante. Pour nous, il n’y a pas de mauvaises oeuvres, seulement des artistes allergiques à la victoire.
Nous aimons à jamais les perdants surdoués.
Le fils de son père nous a tendrement replongés à la source de notre connivence fraternelle.

Son blog


Ouvrages parus aux Enfants Rouges :

Le fils de son père